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Fin de la franchise de 150 euros : le droit de douane de 3 euros sur les petits colis

Vous vendez en ligne à des consommateurs européens depuis un entrepôt situé hors de l’Union, vous exploitez une marketplace ou vous dédouanez des flux de colis pour le compte de plateformes. Depuis le 1er juillet 2026, chaque colis de moins de 150 euros supporte un droit de douane de 3 euros par catégorie d’articles. Les petits colis, jusqu’ici exonérés de droits, entrent dans le champ de la dette douanière.

Comment compter les « articles » d’un colis, qui est redevable, que prévoir pour le 1er novembre 2026 ? Les erreurs de classement ou de valeur ont désormais un coût direct.

Voici le point au 28 septembre 2026 : fonctionnement du droit, responsabilités, risques et checklist de conformité.

Fin de la franchise de 150 euros : que s’est-il passé le 1er juillet 2026 ?

La franchise de 150 euros était une exonération de droits de douane pour les envois de faible valeur importés dans l’Union. Elle a été supprimée le 1er juillet 2026 et remplacée par un droit forfaitaire temporaire.

Le texte : règlement (UE) 2026/382 du Conseil

Après un accord du Conseil le 12 décembre 2025, le règlement (UE) 2026/382 du Conseil du 11 février 2026, modifiant le règlement (CE) n° 1186/2009 relatif aux franchises douanières, a fixé le cadre. Un règlement délégué (UE) 2026/1022 et des actes d’exécution de la Commission en précisent les modalités.

Pourquoi cette réforme ?

Selon la Commission européenne, 5,9 milliards d’articles sont entrés dans l’Union en 2025 sans droits de douane. Les colis de faible valeur représentaient 97 % des articles importés, mais seulement 2 % de la valeur totale. Objectif : rétablir une concurrence équitable et mieux contrôler la sécurité des produits.

Comment fonctionne le droit de douane de 3 euros sur les petits colis ?

Le droit forfaitaire de 3 euros est un droit de douane fixe, dû pour chaque article contenu dans un envoi dont la valeur intrinsèque ne dépasse pas 150 euros, dans le cadre d’une vente à distance.

Qu’est-ce qu’un « article » ?

La Commission définit l’article comme une ou plusieurs marchandises d’un même envoi partageant le même classement tarifaire, la même désignation et, le cas échéant, la même origine. Le droit ne dépend donc ni de la quantité, ni de la valeur de chaque produit.

Contenu du colis (valeur totale inférieure à 150 euros) Nombre d’articles Droit dû
5 tee-shirts identiques 1 3 euros
1 tee-shirt et 1 montre 2 6 euros
2 tee-shirts, 1 manteau et 3 flacons de shampoing 3 9 euros

En pratique, la Commission indique que, en raison de contraintes informatiques, le droit est appliqué par ligne de déclaration. La qualité du classement tarifaire et du découpage des lignes détermine donc directement le montant payé.

Quels envois sont concernés ?

Selon les orientations publiées par la Commission, le droit s’applique aux ventes à distance (B2C) dont la valeur intrinsèque n’excède pas 150 euros, quel que soit le régime de TVA utilisé (IOSS, régime particulier ou TVA à l’importation classique) et quel que soit le type de déclaration (H1, H6 ou H7). Les ventes entre professionnels restent soumises au tarif douanier commun classique. Pour les bases, consultez notre article sur la définition des droits de douane.

Combien de temps ce régime va-t-il durer ?

Le droit de 3 euros est une solution transitoire. Il doit s’appliquer jusqu’au 1er juillet 2028, date prévue de mise en service du hub de données douanières de l’Union (EU Customs Data Hub) pour le commerce électronique. À partir de cette date, les droits de douane ordinaires, fonction de la nature et de l’origine des produits, ont vocation à s’appliquer.

Droit de 3 euros, IOSS et TVA : comment s’articulent-ils ?

L’IOSS (guichet unique à l’importation) est le dispositif qui permet, depuis le 1er juillet 2021, de collecter la TVA au moment de la vente pour les envois de 150 euros au plus. Il concerne la TVA, pas les droits de douane.

Le droit forfaitaire s’ajoute donc à la TVA : un vendeur enregistré à l’IOSS continue de collecter la TVA au taux du pays de destination et doit, en plus, supporter ou refacturer le droit de 3 euros par article. D’après le Conseil, les vendeurs enregistrés à l’IOSS représentent 93 % des flux de commerce électronique vers l’Union. Pour les obligations TVA, voyez notre article sur la TVA à l’importation et ses erreurs fréquentes.

Taxe petits colis française, frais de traitement, PID : ce qui arrive

La taxe française de 2 euros est suspendue

La France avait anticipé la réforme. La loi de finances pour 2026 a créé une taxe nationale de 2 euros par article (au sens de la nomenclature douanière) sur les envois de moins de 150 euros. Elle a été appliquée du 1er mars au 30 juin 2026, puis suspendue à compter du 1er juillet 2026, date d’entrée en vigueur du droit européen, par le décret n° 2026-589 du 3 juillet 2026.

Des frais de traitement européens attendus au 1er novembre 2026

Distincts du droit de douane, des frais de traitement de l’Union (« Union handling fee ») doivent couvrir les coûts de contrôle des petits colis. Ils sont prévus par la réforme du Code des douanes de l’Union, approuvée par le Conseil début septembre 2026. Leur montant doit être fixé par un acte délégué de la Commission, pour une application annoncée au plus tard le 1er novembre 2026. À la date de cet article, ce montant n’est pas encore connu.

Les identifiants produits (PID) deviennent obligatoires

Les identifiants produits (PID) sont des références qui permettent d’identifier précisément chaque produit déclaré. Facultatifs depuis le 1er juillet 2026, ils deviennent obligatoires le 1er novembre 2026. Sont notamment visés l’identifiant du vendeur ou de la marketplace, celui du fabricant et l’identifiant normalisé (EAN, ISBN).

Qui paie et qui est responsable du droit forfaitaire de 3 euros ?

Le redevable est la personne tenue au paiement de la dette douanière. Selon l’article 77 du Code des douanes de l’Union, c’est le déclarant et, en cas de représentation indirecte, également la personne pour le compte de laquelle la déclaration est faite.

Acteur Rôle et exposition
Vendeur hors UE En principe déclarant ou représenté : redevable du droit, responsable de l’exactitude des données transmises.
Plateforme / marketplace Souvent titulaire de l’IOSS : collecte la TVA et, en pratique, supporte ou refacture le droit ; exposée si les données produits sont fausses.
Représentant en douane (transporteur, express, commissionnaire) En représentation indirecte, codébiteur de la dette ; en représentation directe, agit au nom et pour le compte du client.
Consommateur Redevable seulement dans des cas résiduels, lorsqu’il est lui-même déclarant.

Les communications officielles françaises indiquent que ce sont les plateformes et les vendeurs, et non les consommateurs, qui supportent le droit. Il peut toutefois être répercuté dans le prix. Pour approfondir, consultez notre article sur la dette douanière.

Quels risques pour les e-commerçants et les marketplaces ?

Multiplié par des millions de lignes, un droit de 3 euros devient une cible de contrôle.

  • Sous-évaluation : déclarer moins de 150 euros pour un envoi qui dépasse ce seuil fait basculer à tort dans le régime forfaitaire. La valeur en douane doit refléter le prix réellement payé.
  • Fractionnement artificiel : scinder une commande en plusieurs colis pour rester sous le seuil est un montage que les douanes surveillent de près.
  • Mauvais classement ou regroupement : regrouper sous une seule ligne des produits de classements différents réduit indûment le nombre d’articles.
  • Désignations vagues : « gift », « accessories » ou « clothes » ne permettent ni le classement ni le contrôle et exposent à des retenues.
  • Données PID absentes ou incohérentes à partir du 1er novembre 2026.

La douane peut réclamer les droits éludés dans un délai de trois ans à compter de la naissance de la dette (article 103 du Code des douanes de l’Union), sans préjudice de sanctions en cas d’infraction. Sur ce point, voyez notre article consacré à la fausse déclaration douanière.

Checklist de mise en conformité et contrats avec vos prestataires

Voici les étapes prioritaires.

  1. Cartographier vos flux : volumes, pays d’expédition, part des envois de 150 euros au plus, régime TVA utilisé.
  2. Fiabiliser le référentiel produits : code tarifaire, désignation précise, origine et PID pour chaque référence.
  3. Contrôler la valeur déclarée : prix réellement payé, frais inclus selon les règles applicables, cohérence avec la facture.
  4. Vérifier le paramétrage des déclarations : découpage des lignes, cohérence entre le nombre d’articles et le droit calculé.
  5. Préparer le 1er novembre 2026 : transmission des PID et intégration des futurs frais de traitement dans les prix.
  6. Revoir vos contrats avec les transporteurs, les représentants en douane et les plateformes.
  7. Organiser l’archivage des données et justificatifs pendant au moins la durée de reprise de trois ans.

Dans les contrats, quatre clauses méritent une attention particulière : le mode de représentation (directe ou indirecte), la répartition de la charge du droit de 3 euros et des futurs frais, la responsabilité pour l’exactitude des données transmises (valeur, classement, PID) et la prise en charge des redressements ultérieurs.

Ce que fait Regere Avocats

Le cabinet accompagne les e-commerçants, les marketplaces, les transporteurs et les représentants en douane face à cette réforme :

  • analyse de vos flux et de votre exposition au droit forfaitaire ;
  • revue et rédaction des clauses douanières de vos contrats de prestation et de représentation ;
  • assistance lors d’un contrôle, d’une retenue de marchandises ou d’un redressement ;
  • contestation d’une décision de l’administration et demandes de remboursement lorsque les conditions sont réunies.

Découvrez l’ensemble de nos interventions en droit douanier.

Questions fréquentes

Depuis quand le droit de douane de 3 euros s’applique-t-il ?

Le droit de douane forfaitaire de 3 euros s’applique depuis le 1er juillet 2026 aux envois de faible valeur, c’est-à-dire d’une valeur intrinsèque de 150 euros au plus, issus de ventes à distance et importés dans l’Union. Il résulte du règlement (UE) 2026/382 du Conseil et doit s’appliquer jusqu’au 1er juillet 2028.

Le droit de 3 euros est-il dû par colis ou par produit ?

Ni l’un ni l’autre exactement : il est dû par article, c’est-à-dire par catégorie de marchandises partageant le même classement tarifaire, la même désignation et la même origine. Cinq tee-shirts identiques font un seul article, soit 3 euros ; un tee-shirt et une montre font deux articles, soit 6 euros.

Qui doit payer le droit de douane sur les petits colis ?

Le droit est dû par le déclarant, en pratique le vendeur ou l’importateur (titulaire de l’IOSS ou son représentant indirect). Le consommateur n’est redevable que dans des cas résiduels. Le coût peut en revanche être répercuté commercialement dans le prix de vente.

La taxe française sur les petits colis existe-t-elle encore ?

Non, elle est suspendue. La taxe nationale de 2 euros par article, créée par la loi de finances pour 2026, s’est appliquée du 1er mars au 30 juin 2026. Elle a été suspendue à compter du 1er juillet 2026, date d’entrée en vigueur du droit européen de 3 euros.

Que change le 1er novembre 2026 pour les e-commerçants ?

Deux évolutions sont attendues à cette date. Les identifiants produits (PID) deviennent obligatoires dans les déclarations. Des frais de traitement européens, distincts du droit de 3 euros, doivent aussi entrer en application ; leur montant doit être fixé par la Commission européenne.

Vous souhaitez sécuriser vos flux de petits colis ou vos contrats avant le 1er novembre 2026 ? Vous pouvez contacter le cabinet ou appeler le 01 88 33 99 19.

Sources

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